Et si Maria Reiche avait eu Pacha Mayu ?
Pendant un demi-siècle, Maria Reiche a mesuré à pied, au ruban et au balai les lignes du désert de Nazca, convaincue qu'elles formaient un immense calendrier du ciel. Ce qu'elle a vérifié en des années, un simulateur du ciel le teste aujourd'hui en quelques minutes, y compris quand la réponse déçoit.
La dame des lignes
Un soir de juin 1941, l'historien américain Paul Kosok se tient au milieu d'une des lignes tracées dans la pampa, au sud du Pérou. Le Soleil se couche exactement dans son axe : c'est le solstice d'hiver de l'hémisphère sud. Kosok pense tenir la clé du mystère et parle du « plus grand livre d'astronomie du monde ». Il confie la suite à son assistante, une mathématicienne allemande de 38 ans.
Maria Reiche est née à Dresde en 1903. Elle y a étudié les mathématiques, l'astronomie et la géographie avant de partir pour le Pérou en 1932, comme préceptrice des enfants du consul d'Allemagne à Cusco. Après la guerre, elle s'installe dans le désert et n'en partira plus.
- 1903Naissance à Dresde, le 15 mai.
- 1932Arrivée au Pérou, à Cusco, puis enseignante et traductrice à Lima.
- 1940Elle devient l'assistante de Paul Kosok, qui étudie les lignes depuis 1939.
- 1946Début de son travail dans la pampa, retardé par la guerre. Elle relève et dessine plus de 250 lignes.
- 1949Publication de The Mystery on the Desert, qui fait connaître les lignes dans le monde entier.
- 1994Les lignes et géoglyphes de Nazca entrent au patrimoine mondial de l'UNESCO.
- 1998Mort à Lima, le 8 juin. Elle est enterrée près de Nazca, comme elle le souhaitait.
Son quotidien tient de l'épopée. Elle balaie les tracés ensevelis par le vent pour les rendre visibles, use tant de balais que les habitants la soupçonnent de sorcellerie, finance des gardiens avec les revenus de son livre et obtient la construction d'un mirador au bord de la route panaméricaine, qui avait coupé l'une des figures. Elle continue à se rendre sur la pampa en fauteuil roulant, presque aveugle.
« Personne ne m'arrachera d'ici. Quand je mourrai, enterrez-moi dans ce désert. »Maria Reiche, citée par Peru Sumaq (traduction)
Son hypothèse : un calendrier tracé au sol
Pour Maria Reiche, les tracés géométriques pointent vers les endroits de l'horizon où se lèvent et se couchent les astres. Ils auraient servi à fixer les semailles et les récoltes. Elle voit dans les lignes davantage de directions lunaires que solaires, et associe la grande figure du singe à la Grande Ourse, dont plusieurs lignes viseraient l'étoile la plus brillante vers l'an 900.
C'est une hypothèse testable, et c'est ce qui la rend précieuse. Mais chaque test demandait alors de mesurer une ligne sur le terrain, de calculer à la main la position des astres pour une époque vieille de près de deux mille ans, puis de recommencer pour la ligne suivante. Une vie entière y est passée.
Une saison de terrain avec Pacha Mayu
Reporter ses relevés disponible
Le soir, Maria saisit dans le carnet de terrain l'azimut lu à la boussole, la hauteur de l'horizon et la date de la mesure. L'app corrige la déclinaison magnétique de 1952 et donne la direction vraie, avec sa marge d'erreur (onglet Carnet, exemple « Nazca 1952 »).
Voir toutes les lignes d'un coup disponible
La couche mondiale des géoglyphes affiche sur la carte les lignes déjà cartographiées. Maria trace les siennes avec l'outil Ligne, et clique sur n'importe laquelle pour créer une visée dans son axe.
Interroger le ciel de l'époque disponible
Pour une visée, l'app cherche tout ce qui peut passer dans l'axe : Soleil, Lune, planètes et étoiles brillantes. L'onglet Archéo remonte le temps jusqu'à −3000 et donne les époques où une étoile se levait exactement dans cette direction. Ce qui lui demandait une semaine de calculs prend une minute.
Savoir où se placer, et quand disponible
Maria pose une hypothèse : « cette ligne vise le coucher du Soleil au solstice de juin ». L'app trace la ligne de visée avec le vrai relief, indique le point de vue, la date et l'heure. Maria sait où aller le 21 juin, au lieu d'attendre une année de plus.
Demander si le hasard suffit disponible
Avec quatre directions solaires, huit directions lunaires et des dizaines d'étoiles, une ligne tracée au hasard tombe souvent sur quelque chose. L'app calcule cette probabilité pour chaque hypothèse (onglet Hypothèse) ; le testeur d'alignements fait le même calcul pour plusieurs sites en ligne.
Analyser toutes les lignes ensemble disponible
Une ligne isolée ne prouve rien. L'app compare la répartition des directions de centaines de lignes aux directions du Soleil et de la Lune, en tenant compte des orientations les plus fréquentes sur le terrain. C'est l'analyse qui tranche : c'est celle de cet article, refaite en une minute par l'onglet Ensemble (exemple « Nazca »).
Ce que montrent les données
Pour cet article, nous avons repris la méthode de l'étape 6 sur les géoglyphes de la pampa enregistrés dans OpenStreetMap. Nous avons gardé les tracés droits de plus de 150 m, mesuré leur direction, et compté ceux qui tombent à moins de 1° d'une direction remarquable vers l'an 0 : solstices et équinoxes pour le Soleil, arrêts majeurs et mineurs pour la Lune.
637 lignes droites, sept directions célestes
Nombre de lignes par tranche de 5°. Les traits verticaux marquent les directions du Soleil (solstices et équinoxes) et de la Lune (arrêts majeurs et mineurs) vers l'an 0, horizon plat.
Les lignes sont nettement plus nombreuses vers l'est-nord-est, là où se trouvent justement le lever des solstices et les arrêts de la Lune. Comparées à des directions décalées, qui tiennent compte de cette préférence, les directions célestes ressortent un peu, mais quatre jeux de directions décalées sur quarante-quatre font aussi bien : environ une chance sur dix d'obtenir ce résultat par hasard. Et les grandes lignes, de plus d'un kilomètre, ne montrent aucun excès.
Chiffres de l'app (version 58, onglet Ensemble, exemple « Nazca »), réfraction et parallaxe lunaire comprises. Le premier calcul de cet article, à horizon géométrique, donnait 78 lignes contre 59 décalées, même rang 4 sur 44 : les scripts sont gardés dans le dossier analyses/ de la source.
Et les étoiles ?
Maria Reiche pensait aussi aux étoiles. Nous avons refait le test avec les 22 étoiles les plus brillantes, à leur position de l'an 0 (précession et mouvement propre compris). Une ligne sur quatre (161 sur 637) pointe à moins de 0,5° du lever ou du coucher de l'une d'elles. C'est autant qu'avec des directions décalées (153 en moyenne) : avec autant d'étoiles et de lignes, ces rencontres sont attendues.
Une idée née en jouant avec l'app : les paires de lignes
En testant Pacha Mayu sur la pampa, un utilisateur a remarqué une chose troublante. Une ligne vise le lever du Soleil un jour précis ; une autre ligne, partie du même endroit, vise Canopus, la deuxième étoile du ciel, visible cette nuit-là. Et si une ligne donnait la date, et l'autre l'étoile à guetter ?
Nous l'avons testé sur toutes les lignes partant d'un même point (968 paires).
La version souple de l'idée réussit toujours, donc elle ne prouve rien. La version stricte, qui exige le premier lever de l'étoile à l'aube le jour même, est exactement le genre d'hypothèse qu'un outil peut trancher en une minute : ici, pas de signal. Mais la méthode vaut pour d'autres sites : c'est l'onglet Paires de la fenêtre Recherche, pour n'importe quelle zone de lignes au sol (exemple « Nazca »).
Ce résultat rejoint celui de l'astronome Gerald Hawkins, qui testa en 1968 186 lignes par ordinateur : 39 correspondaient à une direction du Soleil ou de la Lune, dont environ la moitié s'expliquait par le hasard. Il conclut que l'astronomie ne pouvait expliquer la majorité des lignes, sans exclure que quelques-unes soient astronomiques. Anthony Aveni et d'autres chercheurs ont ensuite relié les lignes à l'eau, aux chemins et aux rituels.
Notre calcul reste illustratif : les tracés d'OpenStreetMap n'ont pas la précision d'un relevé, certaines lignes y sont découpées en plusieurs morceaux, et l'horizon réel, avec les collines qui entourent la pampa, déplace un peu les directions. Mais il montre ce qu'un outil change : en quelques minutes, Maria aurait vu que la grande majorité des lignes ne suivent pas le ciel, et que quelques-unes méritaient malgré tout d'être vérifiées sur place.
Un mystère qui avance encore
La recherche continue avec d'autres outils. En 2024, l'université de Yamagata et IBM Research ont annoncé la découverte de 303 nouvelles figures grâce à l'intelligence artificielle, presque le double de celles connues, en six mois de terrain. Leur étude, publiée dans les PNAS, distingue les grandes figures d'animaux sauvages, placées le long des réseaux de lignes et liées à des rituels collectifs, des petites figures en relief, tournées vers les sentiers et faites pour être vues par des marcheurs.
Maria Reiche n'avait pas raison sur tout, mais sans elle beaucoup de ces lignes n'existeraient plus. Le film Lady Nazca de Damien Dorsaz, avec Devrim Lingnau dans le rôle de Maria Reiche et Guillaume Gallienne, raconte ce combat. Il est sorti en Allemagne en septembre 2025 et en France le 10 décembre 2025.
Testez vous-même une ligne de Nazca
Dans Pacha Mayu, ouvrez Événements, puis Sites, et choisissez « Lignes de Nazca ». Au palier Archéoastronome, affichez la couche des géoglyphes, cliquez une ligne dans Aménager et lancez sa visée. Pour refaire les calculs de cet article, cliquez « Recherche : exemple » sur la fiche du site, ou ouvrez l'onglet Archéo › Recherche : les onglets Ensemble et Paires ont chacun un exemple « Nazca ».
- Maria Reiche, Wikipédia : biographie, travaux, hypothèses.
- Association Dr. Maria Reiche, HTW Dresden : Kosok et le solstice, premiers séjours à Nazca.
- Peru Sumaq, « Lady of the Pampa » : balais, vie sur la pampa, citations.
- A. C. Sparavigna, « Maria Reiche's Line to Archaeoastronomy » : directions lunaires, Grande Ourse, débat sur les étoiles.
- EBSCO Research Starters, « Nasca Lines » : étude de Gerald Hawkins (1968), plus de 250 lignes relevées par Reiche.
- Université de Yamagata, 24 septembre 2024 : 303 nouvelles figures découvertes avec l'IA.
- Cineuropa, « Lady Nazca » et Hérodote : le film de Damien Dorsaz.
- Calcul des directions : géoglyphes © les contributeurs d'OpenStreetMap (licence ODbL), positions du Soleil et de la Lune calculées par Pacha Mayu (Astronomy Engine).